L’aménagement du territoire, dévolue au politique, est jalonné de réglementations explicites, mais souvent
complexes sur la fonctionnalité de notre société. Telle partie du territoire sera orientée vers l’habitat, telle autre vers l’agriculture, sur cette partie pourront s’étendre les autres activités
économiques, là, la nature est reine et doit être respectée. Et tous ces fragments de paysage doivent être liés par des réseaux, routiers, ferrés, de télécommunication, …
Si l’aménagement du territoire devait se limiter à répondre aux fonctions de la société, ce ne serait qu’un règlement, au pire, rigide, au mieux, évolutif. Mais le développement impérialiste des
hommes est un modèle aujourd’hui reconnu néfaste et il est nécessaire, voire urgent, de prendre en compte la dynamique du vivant dans les réflexions sur l’aménagement du
territoire.
Notre dépendance aux équilibres de la planète doit être présente autant dans nos consciences que dans nos choix politiques. Il est, par exemple, établi que nous avons autant besoin de l’abeille
que de la vache et que le ver-de-terre est plus utile à l’agriculture que la charrue.
Les règles que les humains s’inventent, et dont ils doivent ensuite s’accommoder ne correspondent pas forcément à la réalité et à l’évolution du reste de la nature.
Une politique écologique consisterait donc à prendre en compte à la fois les nécessités d’organisation de notre société (notamment sur la question du " vivre ensemble "), mais aussi la dynamique
naturelle des autres espèces (animales, végétales, …). Le " brassage planétaire " est une réalité bien antérieure à l’invention du terme " mondialisation ". Les plantes, les animaux s’adaptent
aussi à notre organisation spatiale ; certains, insignifiant car leur taille ne correspond pas à notre échelle de perception, vont parfois profiter de notre manque de curiosité, se plaire malgré
les océans traversés parfois, finalement être considérés comme " invasifs " et faire l’objet de lutte spécifique, à grand renfort d’intelligence destructrice et de profusion d’argent. D’autres,
incapables de s’adapter aux bouleversements, qu’ils soient d’origine naturelle ou humaine, vont disparaître sans que l’œil de l’homme ne se soit même arrêté sur eux. D’autres encore, vont faire
l’objet de toutes les attentions de la part des hommes : ils s’agit beaucoup d’animaux, mais aussi de plantes. Ils ont comme point commun d’être emblématiques soit par leur fragilité, soit par le
lien culturel qu’ils ont réussit (ou subit) à nouer avec les hommes.
Gilles Clément, dans son " Manifeste du Tiers-Paysage ", nous explique la nécessité de ne
pas penser l’organisation de nos territoire uniquement sur la base d’une efficacité, mais de prendre conscience que nos aménagements ont un impact sur tout le monde vivant. Il est de notre devoir
de respecter la vie la plus infime, la plus insignifiante qui soit sur cette planète, de lui permettre de réagir avec tout son potentiel biologique, génétique face aux bouleversements climatiques
qui s’annoncent.
Téléchargement, libre de droit, du " Manifeste du Tiers-Paysage " - Gilles Clément - 2004
4ème de couverture :
Fragment indécidé du jardin planétaire, le Tiers-paysage est constitué de l’ensemble des lieux délaissés par l’homme. Ces marges assemblent une diversité biologique qui n’est pas à ce jour répertoriée comme richesse.
Tiers-paysage renvoie à Tiers-état (et non à Tiers-monde). Espace n’exprimant ni le pouvoir, ni la soumission au pouvoir.
Il se réfère au pamphlet de Siéyes en 1789 :
" Qu’est-ce que le tiers-état ? – Tout.
Qu’a-t-il fait jusqu’à présent ? – Rien.
Qu’aspire-t-il à devenir ? – quelque chose. "
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L’Homme, à l’exception de quelques civilisations de moins en
moins nombreuses, est le seul animal à refuser de s’adapter aux équilibres de notre planète. Il a toujours cherché à dominer, à domestiquer la nature. Il s’est octroyé une existence de droit
divin qui le plaçait au dessus de tous les autres êtres vivants sur Terre. Il a voulu, et quasiment réussi, à modeler la planète selon son bon désir. Dénigrant, mutilant voire détruisant les
autres vies, ses voisines dans l’évolution, considérées comme inférieures, notre civilisation occidentale a poursuivi sa course (infernale). Nous vivons une véritable crise de civilisation et le
réchauffement de la planète est peut-être le grain de sable qui va gripper la machine.
