Mobiliser l'électorat sur
les européennes, alors que tout le monde est à la plage, tel était l'enjeu hier soir pour José Bové, la tête de liste Europe Écologie pour le Sud-Ouest qui tenait meeting à Talence, dans la
banlieue bordelaise. Le syndicaliste paysan n'était pas venu seul pour ce grand rendez-vous aquitain. Yannick Jadot, le n° 1 de la liste pour la circonscription ouest, l'accompagnait avant de se
rendre aujourd'hui et demain en Charente-Maritime et en Vendée pour travailler sur la reconversion de l'industrie nautique.
Outre les deux chefs de bande d'Europe Écologie pour la région, étaient également présents Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly, en lice en Île-de-France, Gérard Onesta, l'actuel vice-président (Verts)
du Parlement européen, Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, Noël Mamère, le député-maire (Verts) de Bègles, et un bon nombre des colistiers de José Bové - à commencer par la n° 2,
Catherine Grèze, citoyenne du Lauragais.
L'Europe et la forêt
Toujours mollassonne, la campagne ? José Bové, qui venait de visiter la Foire internationale de Bordeaux, n'est
pas d'accord. Ça frémit, comme sa moustache. Au début du meeting, à 20 h 30, il y avait d'ailleurs une bonne chambrée dans la salle de la Médoquine. « Dans les quinze derniers jours, on sent que
les gens s'y intéressent de plus en plus. Pour tous leurs problèmes majeurs, l'Europe n'est pas un problème, c'est une solution. Il y a urgence sociale, il y a urgence écologique, et c'est en
transformant l'Europe qu'on les traitera », insiste-t-il.
Dans le contexte aquitain, José Bové ne pouvait pas ne pas parler de la forêt, alors que les sylviculteurs grondent contre les faiblesses du dispositif mis en place par l'État. La forêt, une
compétence purement nationale, justement. « La forêt est un élément central pour le stockage du carbone. On ne peut rien décider sur le climat si on n'inclut pas la forêt. Il faut donc qu'elle
devienne une compétence européenne à part entière, dotée d'un budget », argumente-t-il. Selon lui, la reconstruction de la forêt landaise tient d'une nécessité d'autant plus évidente qu'il y a un
avenir pour le bois de construction. « La maison en bois, c'est moins de 5 % des maisons construites en France. Aux États-Unis aujourd'hui, c'est 90 %. Il y a de la marge ! » souligne-t-il, non
sans griffer l'UMP au passage.
« Conditionnalités»
Celle-ci est à ses yeux coupable de s'être opposée, en avril dernier, au Parlement européen, au renforcement des
conditions d'importation des bois extra-européens sur le continent. « Le plus gros importateur de bois tropicaux en France étant un ami du président nommé Vincent Bolloré », ajoute Bové. Plus
largement, Europe Écologie prône une complète reconversion de l'outil industriel, grâce au levier des aides de Bruxelles. C'est ce que Yannick Jadot - directeur de Greenpeace France jusqu'en 2008
- a développé à propos de l'automobile aux abois. Oui aux aides, mais assorties « de conditionnalités écologiques », c'est-à-dire une diminution obligatoire du rejet de CO2 par les nouveaux
véhicules dès 2012. « Sinon, on va faire comme pour la sidérurgie il y a vingt ans. On va sortir des milliards pour finalement délocaliser », a-t-il continué.
Forcément en pointe sur le chapitre du développement durable, Europe Écologie croit au rôle moteur des institutions continentales pour combattre les effets du réchauffement climatique comme des
déséquilibres de la mondialisation. « Discuter de mesures dans le cadre du paquet énergie-climat, vouloir réglementer les paradis fiscaux, c'était tout simplement impensable il y a cinq ou six
ans. Ça va très vite. Le curseur de la majorité du Parlement européen vient vers nos positions », indique Daniel Cohn-Bendit.
Haro sur Claude Allègre
Lesdites positions n'ont pas grand-chose à voir avec celles de Claude Allègre, dont l'entrée au gouvernement est
une rumeur insistante. L'éventualité fait lever les yeux au ciel dans les rangs d'Europe Écologie. « Ce type a prétendu que l'amiante ne posait pas de problème. Il a prétendu que l'intervention
humaine n'était pour rien dans le réchauffement climatique. Il s'est battu contre le principe de précaution. Sa nomination au gouvernement serait l'acte de décès de toute la politique
environnementale de Sarkozy », avertit Yannick Jadot.
Le gouvernement sans Allègre n'est pas franchement apprécié non plus. En ouvrant la soirée sur l'estrade, Noël Mamère s'est élevé contre l'interpellation à la porte de leur école des deux enfants
de Floirac, sur la rive droite de Bordeaux. « Avant des élections, on fait mousser l'insécurité, on connaît », ironise Cécile Duflot. Mais face au rouleau compresseur de l'UMP, Europe Écologie
croit en sa bonne étoile. Quand Daniel Cohn-Bendit le dit, il faut peut-être l'écouter. Il y a quatre mois, il avait pronostiqué que les Girondins seraient champions de France de
foot...
